Chemillé (49)
Nouvelle-Aquitaine
5ème génération
Origine du projet
La commune de Chemillé en Anjou est un territoire rural, constituée en commune nouvelle depuis 2015 et regroupant 13 communes déléguées avec environ 22000 habitants. En Janvier 2021, le secteur social-famille a été scindé en deux, pour former deux pôles : un pôle social et un pôle famille avec comme idée que la famille est au cœur du projet social. Ce changement de sémantique renvoie l’idée que la famille doit être abordée de façon transversale avec les autres secteurs existants du Centre social.
Depuis très longtemps au Centre Social, différents groupes d’échanges existent entre parents (parents solos, la vie des mamans, parents d’enfants différents). Avant d’avoir connaissance de la démarche de l’Université Populaire des Parents (UPP), nous souhaitions proposer un nouvel espace d’échanges. En effet, plusieurs parents nous ont sollicités, souhaitant avoir un espace d’échanges s’adressant à tous les parents. Les groupes existants étant assez ciblés. L’idée était de pouvoir proposer un « café des parents ».
A ce moment là, le Réseau parentalité 49 nous a transmis une information concernant une présentation de la démarche UPP sur Paris, en le proposant au départ au groupe Parents solos 49 auquel nous appartenons. Cette démarche nous était alors inconnue donc nous sommes allées découvrir ce qu’il en était. Ces deux jours de formation sur Paris nous ont permis d’appréhender succinctement la démarche mais suffisamment pour prendre conscience de l’importance et de la force du pouvoir d’agir des parents sur la co-éducation avec une présentation de la part des membres de l’AF UPP IPC et de parents de différents territoires en France qui ont participé à une UPP.
A notre retour, nous avons pu en échanger avec des parents de certains groupes d’échanges et qui ont pu affirmer que « les groupes d’échanges, ça fait du bien ! Mais après, qu’est ce qu’on en fait ? ». Et c’est bien là toute la démarche de l’Université Populaire des Parents !
La question de recherche
Le travail exploratoire
Une phase exploratoire a pris environ un an, de fin 2022 à fin 2023. Durant cette période, nous avons échangé sur nos différents parcours de vie, notre quotidien et les difficultés que chacune a pu rencontrer, que ce soit avec les administrations, les professionnels de la santé ou du social. Nous avons également parlé de nos difficultés financières, des différents suivis de nos enfants, ainsi que des jugements que nous avons pu ressentir de la part de proches ou de professionnels. Les échanges se sont déroulés avec comme simple introduction : « comment ça va ». Lors des rencontres suivantes, l’animatrice faisait un bilan de nos échanges précédents et nous complétions ou racontions une autre expérience de nos vies. Tous nos échanges étaient enregistrés afin de faciliter la retranscription. C’étaient des temps où l’animatrice était présente pour, si besoin, demander des précisions sur nos récits. Au cours de cette année, chacune de nous a pu exprimer de multiples problématiques rencontrées. Nous avons ensuite dû travailler chacune individuellement sur la problématique qui nous avait le plus touchées (dérangées). Nous avons ensuite présenté notre problématique au reste du groupe. Les termes et sujets importants qui ressortaient de chaque récit étaient notés. Plusieurs thèmes communs sont alors ressortis, tels que : les sentiments de jugement, le manque d’écoute des professionnels, l’épuisement parental, le fait d’en avoir marre de ne pas être compris, les sentiments de culpabilité, le fait d’être remis en question dans notre parentalité, ainsi que l’impression d’être un mauvais parent. Ce travail s’est poursuivi jusqu’à la fin de l’année 2024. À partir de tous nos récits, nous avons élaboré une carte mentale qui nous a permis de définir nos hypothèses puis notre question de recherche, ce qui n’a pas été simple. En effet, la question devait porter sur la co-éducation, car c’est la toile de fond de toutes les UPP. Mais il fallait également que la question parle à chaque membre du groupe et que nous la comprenions tous de la même façon. Nous avons donc dû travailler sur chaque mot de la question. Cette dernière a été définie de manière définitive courant mars–avril 2025.
La méthodologie de recherche
QUESTION DE RECHERCHE
"Quelles sont les conditions pour la construction d'une relation de coéducation parents-professionnel"
HYPOTHESES
1: L’accessibilité aux professionnels/administrations complexifie/freine la co-éducation parent-pro.
2: La (re)connaissance des réalités des parents (et de leurs rôles) évitent les préjugés de la part des professionnels (et réciproquement).
3: La manière d’être en relation (langage, posture, non-verbal, disponibilité, écoute mutuelle, etc.) peut engendrer des incompréhensions (sur les rôles) de part et d’autre dans la co-éducation parent-pro.
Les résultats de recherche
La connaissance des parents par les pros Acteurs de la coéducation identifiés par les parents • Les parents se placent en premier comme acteurs principaux • Ensuite : entourage familial et amical • Groupes d’entraide (réseaux sociaux : « enfants extraordinaires », « parents dys ») • Professionnels mobilisés : Milieu scolaire et éducatif (en premier) Santé et paramédical Secteur social Domaine juridique Loisirs et extrascolaires Contexte de la rencontre avec les professionnels • Deux types de démarches : Démarches volontaires → favorisent implication et relation positive Démarches imposées → participation plus contrainte • Parcours très variables : Certains : accompagnement rapide et structuré D’autres : errance avant de trouver le bon professionnel • Manque d’information chez certains parents : Difficultés dans les démarches administratives (ex : dossier PAP) Sentiment de complexité et de découragement Regard des parents sur les professionnels • Perception nuancée : Manque de connaissance des rôles et limites des professionnels Mais évolution positive possible avec le temps et les échanges • Difficulté relationnelle : Sentiment de ne pas être écoutés, surtout à l’école Besoins spécifiques des enfants parfois mal pris en compte Accompagnement jugé parfois inadapté Connaissance des réalités des parents par les pros • Les professionnels savent que les parents ont des difficultés à venir vers eux → sentiment de jugement fréquent (71% l’ont ressenti, 49% plusieurs fois) • Effets du jugement : Méfiance, peur, honte Parents moins enclins à demander de l’aide Recours souvent tardif ou par obligation • Côté professionnels : Importance de comprendre la réalité familiale Mais manque de temps pour le faire Nécessité d’adapter l’accompagnement à chaque situation • Freins concrets : Coûts, démarches administratives Problèmes de transport, déserts médicaux Délais de rendez-vous longs Les attentes respectives entre parents et pros • Relation basée sur : → confiance, communication, coopération • Attentes des professionnels : Acceptation de l’aide (freinée par peur et méfiance) Implication des parents (rôle éducatif, collaboration) Importance de “faire avec” les parents • Point de vue des parents : Certains apprécient la bienveillance et l’écoute D’autres perçoivent certains professionnels comme intrusifs • Facteurs clés d’une bonne relation : Écoute, non-jugement, dialogue Transparence et bienveillance Mais lien fragilisé par le turn-over • Difficulté : Les parents comprennent parfois mal les contraintes des professionnels Les freins des pros dans l’accompagnement Cadre d’intervention : • Le lieu de rencontre est essentiel : il doit être adapté, accessible et rassurant • Un cadre trop froid ou inadapté peut freiner la relation • Les échanges informels peuvent faciliter la parole, mais nécessitent des limites • Les parents attendent aussi un cadre clair dans l’accompagnement Temps : • La confiance se construit sur la durée • Manque de temps fréquent : séances trop courtes, peu de disponibilité • Délais d’attente longs pour les rendez-vous • Impact sur les familles : organisation compliquée, absences au travail, scolarité perturbée Manque de professionnels : • Pénurie dans certains secteurs (médical, médico-social) • Difficulté d’accès aux soins et accompagnements Contraintes professionnelles : • Charge de travail importante (beaucoup de personnes à suivre) • Charge administrative lourde et chronophage • Stress lié au manque de moyens Collaboration et reconnaissance : • Manque de coordination entre professionnels • Sentiment d’isolement • Manque de reconnaissance institutionnelle pour certains métiers • Pourtant, le travail en équipe est essentiel Formation et adaptation : • Besoin de formation complémentaire • Sentiment de ne pas toujours être suffisamment préparé • Nécessité de s’adapter à chaque famille et situation • Hypothèse 1 validée : → L’accès aux professionnels est difficile Freins : mobilité, coût, temps, éloignement Impact : complique la co-éducation • Hypothèse 2 partiellement validée : → Connaître les réalités des parents est important Mais les parents connaissent moins celles des professionnels Peu d’éléments sur les préjugés → validation limitée • Hypothèse 3 partiellement validée : → La relation peut créer des difficultés Freins : jargon, posture, manque de temps, écoute Résultat : surtout frustration et colère des parents
Les actions citoyennes
Formation / Sensibilisation (étudiants, professionnels) Présentation aux étudiants de l'Iforys à Angers Présentation aux étudiants de l'Arift à Angers Intervention auprès du DU Parentalité à Angers Intervention auprès des élèves du Lycée Jeanne Delanoue (AS) à Cholet Parentalité / Actions auprès des familles Intervention auprès d'un groupe de parents investis à la CAF de Tours Espace Parents-enfants "Barbichette" au Centre Social de Chemillé Réseaux / Partenariats / Travail institutionnel Réseau École et Famille (Fédération des Centres Sociaux 49 et Mayenne) Réseau des acteurs sociaux à la Pommeraye CA Autre Labo du Centre Social du Chemillois Animation / Événementiel / Sensibilisation grand public Stand Fête du jeu à Chemillé Nous avons dans la plupart du temps organisé les comités de suivi ainsi - un temps de présentation du groupe (qui sommes nous? motivation à participer, évolution du groupe) - Un temps de présentation de la démarche UPP (origine, lien avec AFUPP) - Un temps sur la construction de la question de recherche et des hypothèse - Un temps autour de la place de l'animatrice et des universitaires (car nous en avons 2) - Un temps sur la méthodologie de recherche - Un temps sur les impacts de cette expérimentation ( freins, leviers, évolution...) - Un temps sur les résultats - Un temps sur le après - Un temps d'interaction avec les participants dans cette trame nous avons aussi mis en mouvement les participants en proposant des ateliers de réflexion notamment autour de la définition du terme coéducation et des potentiels acteurs de la coéducation
Les effets
Effets sur les parents Le sentiment d’être pris au sérieux Une reconnaissance et une légitimité en tant que parent Un gain de confiance en soi Le développement de l’esprit d’équipe Le sentiment d’être utile, notamment en situation d’inaptitude au travail La possibilité de voyager et de sortir de son territoire de vie Des temps de répit, notamment lors des séminaires (sans enfants) La découverte de nouveaux modes de transport (train, métro) De nombreux apprentissages sur les relations humaines Une évolution des attentes : comprendre que nos exigences ne sont pas celles des autres Une capacité d’adaptation renforcée (aux changements, aux cadres, aux personnes) Effets sur les institutions Une capacité d’adaptation renforcée : À l’AFUPP Au fonctionnement du centre social Aux changements d’animateur La reconnaissance des différentes capacités de chacun, permettant : De les repérer D’en faire des complémentarités au sein du groupe Effets sur le quartier / territoire Des rencontres riches et variées au niveau local et national
Les perspectives
- Intégrer le CA de l'AFUPP - Organiser à l'autonome prochain un événement pour valoriser au local l'ouvrage et l'intégration de parents dans les instances - Mobiliser une 6ème Génération au niveau du 49