Douai (59)
Hauts-de-France
5ème génération
Origine du projet
L’Université Populaire des Parents (UPP) de Douai s’inscrit dans une démarche de recherche citoyenne menée par des parents venant des 4 quartiers prioritaires du territoire. Le groupe est composé d’une dizaine de parents d’adolescents et de jeunes adultes, issus de milieux sociaux et culturels divers. Tous partagent une volonté commune : prendre du recul sur leur expérience parentale et analyser collectivement certaines situations vécues dans leurs relations avec leurs enfants, mais aussi avec les institutions éducatives et sociales. Les parents viennent de Dorignies, du Faubourg de Béthune, de Gayant, du Frais-Marais et d’autres secteurs de la ville. Certains quartiers sont dits « populaires », d’autres moins. Certains sont en évolution, d’autres fragilisés. Mais tous sont des lieux de vie, d’éducation et de relations humaines. "Nous ne sommes ni experts au départ, ni chercheurs de métier. Nous sommes des parents confrontés, comme beaucoup d’autres, aux questions du quotidien : l’école, l’adolescence, la réussite, le regard porté sur nos quartiers, la place donnée à nos enfants et à leur parole." Le territoire de Douai est marqué par des enjeux sociaux importants, notamment en matière de réussite éducative, de cohésion sociale et d’accompagnement des familles. Dans ce contexte, les parents peuvent parfois ressentir un décalage entre leur réalité quotidienne et la manière dont les institutions perçoivent ou accompagnent les familles.
La question de recherche
Le travail exploratoire
Au départ, nous ne parlions pas de recherche. Nous parlions de ce que nous vivions, de ce que nous ne comprenions pas, de ce qui nous semblait injuste ou incohérent, de nos quartiers "ce qui va bien et ce qui ne va pas bien dans nos quartiers", des discours sur la jeunesse dans les médias, des inégalités, de nos préoccupations en tant que parents de jeunes. En chemin, nous avons découvert des notions qui structuraient ce que nous vivions sans toujours pouvoir le nommer jusqu'ici : nous avons appris et nous sommes interrogés sur la politique de la ville, les quartiers prioritaires, la participation citoyenne, l’Observatoire de la jeunesse. Ces découvertes nous ont permis de relier notre vécu à des enjeux plus larges, de comprendre comment se construisent les politiques publiques et quelle place y est réellement accordée aux habitants, aux parents et aux jeunes. Nous avons pris conscience que notre vécu faisait écho à des enjeux collectifs, sociaux et politiques. C’est à ce moment-là que notre démarche est devenue une recherche.
La méthodologie de recherche
En quoi les savoirs et les expériences des parents et des jeunes peuvent-ils contribuer à mieux comprendre la jeunesse des quartiers populaires, à changer les représentations et à enrichir les politiques publiques locales ? Nos hypothèses : - Les parents issus de certains quartiers peuvent être confrontés à des représentations négatives ou stéréotypes concernant leur capacité a remplir leur rôle éducatif (parents démissionnaires) - Les représentations négatives véhiculées par les médias sur les familles des quartiers populaires limitent leur reconnaissance comme interlocuteur légitime de la politique de la ville. - La transformation des relations passe par un changement de posture des institutions et des professionnels : qualité d'écoute, redistribution du pouvoir, et co-analyse des enjeux. - Le manque de reconnaissance des compétences parentales peut fragiliser la relation de confiance entre parents et professionnels et institutions. - Quand les parents sont considérés comme des partenaires éducatifs à part entière les relations deviennent plus constructives. Pour mener notre recherche, nous avons choisi une démarche participative basée sur nos expériences de parents, la parole des jeunes et l’observation de notre territoire. Nous avons utilisé différentes méthodes afin de recueillir des informations et de croiser les regards entre jeunes, parents, habitants et professionnels. Nous avons réalisé des questionnaires auprès des jeunes lors des Journées de la jeunesse, notamment à travers une animation ludique appelée « Le relais des couleurs », qui permettait aux jeunes de s’exprimer de manière dynamique et participative. Nous avons également mené un second questionnaire portant sur l’utilisation du téléphone portable, des réseaux sociaux et du numérique, qui occupent une place importante dans leur quotidien. Nous avons recueilli la parole d'environ 150 jeunes entre 11 et 18ans. Un questionnaire a également été proposé aux parents afin de recueillir leur vision de la jeunesse, leurs préoccupations, les valeurs qu’ils souhaitent transmettre et leur regard sur les opportunités offertes aux jeunes sur le territoire. À partir des paroles recueillies auprès des jeunes, nous avons conçu une exposition afin de rendre visibles leurs réflexions, leurs préoccupations, leurs attentes et leur regard sur le monde qui les entoure. Cette exposition a permis de valoriser leur parole et de la partager avec les habitants, les professionnels et les partenaires du territoire. Nous avons également réalisé une analyse de la presse locale afin d’étudier la manière dont les jeunes et les quartiers populaires sont représentés dans les médias. Tout au long de la démarche, nous avons participé à des ateliers d’échanges sur la politique de la ville, les quartiers prioritaires, la participation citoyenne et l’éducation aux médias. Ces temps nous ont permis de mieux comprendre les enjeux liés aux politiques publiques, aux représentations médiatiques et à la place des habitants dans les projets qui les concernent. Enfin, notre participation à l’Observatoire de la jeunesse, au diagnostic jeunesse et à la formation autour de la pensée critique nous a permis de mener une véritable observation participante. Ces expériences nous ont aidés à mieux comprendre les réalités vécues par les jeunes, les attentes des familles, les contraintes des professionnels et les conditions favorisant la participation citoyenne. L’ensemble de ces méthodes nous a permis de construire une réflexion collective sur la jeunesse, la participation des habitants, l’image des quartiers populaires et les relations entre habitants et institutions. Cette démarche a également montré que les habitants, les parents et les jeunes peuvent être acteurs de la production de connaissances sur leur territoire et contribuer à faire évoluer les regards et les pratiques. Cette recherche a ensuite donné naissance à de nouvelles formes de valorisation de la parole recueillie, notamment à travers l’exposition, la bande dessinée illustrant notre démarche et le projet d’émission porté avec les jeunes à la suite de l'UPP.
Les résultats de recherche
Au fil de notre démarche, nous avons constaté plusieurs choses importantes. Au départ, beaucoup d'entre nous pensaient que les habitants avaient peu de place dans les projets et que les décisions étaient souvent prises sans eux. Petit à petit, nous avons vu que lorsque les habitants sont réellement associés cela change les relations, les projets et parfois même le regard porté sur le territoire. Nous avons vu que la confiance se construit dans le temps, les jeunes veulent être entendus, la participation change les relations entre habitants et institutions et que les projets fonctionnent mieux lorsqu'ils parlent des réalités du terrain. Nous avons compris que la participation ne se construit pas en une seule réunion. La confiance a pris du temps à se créer. Nous avons aussi compris que les parents ont une expertise, les jeunes ont besoin d'espaces adaptés pour prendre la paroles , quand ils se sentent respectés et écoutés, ils ont beaucoup de choses à dire sur leur quartier, leur avenir, les médias, la société en général et que les quartiers populaires doivent être regardés autrement. Les ateliers autour de la pensée critique ont aussi montré que les jeunes sont capables d'analyser les représentations et les préjugés qui existent sur les quartiers populaires. Un autre résultat important de notre recherche est que dans les quartiers dits populaires sont souvent regardés à travers leurs difficultés. A travers nos actions et l'exposition, nous avons voulu montrer qu'il existe dans nos quartiers des ressources, des compétences, de la solidarité, des parents engagés et des jeunes capables de proposer des idées. Nous avons aussi compris que la participation a des limites quand les habitants ne voient pas concrètement ce que leur parole change. Cela demande du temps, de la confiance, des espaces accessibles et une vraie volonté de construire avec les habitants dès le départ. Enfin, cette recherche nous a montré quelque chose d'important : la participation ne change pas seulement les projets, elle change aussi les relations entre parents et institutions, la place donnée aux jeunes et le regard que chacun porte sur le territoire et sur lui-même.
Les actions citoyennes
Nous avons en parallèle de l'UPP participé à l'Observatoire de la Jeunesse de la Ville de Douai. Cela nous a permis de participer à des espaces habituellement réservés aux professionnels, de mieux comprendre certaines contraintes institutionnelles mais aussi de faire entendre le regard des habitants sur la jeunesse et le territoire. Nous avons aussi réfléchi à la manière de rendre ces espaces plus accessibles aux parents et aux jeunes. Pendant plus d'un an, nous avons participé à une démarche de diagnostic jeunesse. Nous avons utilisé des outils d'éducation populaire pour aller vers les jeunes et recueillir leur parole différemment. Nous voulions rendre les échanges plus vivants, permettre aux jeunes de parler plus librement et de ne pas nous limiter à des chiffres ou à des questionnaires classiques. Une maman du groupe a pu participé à des ateliers autour de la pensée critique et observer les pratiques des professionnels. Ces ateliers ont permis de réfléchir avec les jeunes au regard porté sur les quartiers populaires, aux médias, aux représentations des jeunes et à la manière dont les jeunes voient la société aujourd'hui. Ces espaces ont permis aux jeunes de prendre la parole sur des sujets qui les concernent directement. Pendant notre démarche, nous avons eu envie de rendre visible autrement la parole des jeunes. Au début, on s'est rendu compte que beaucoup de choses importantes étaient dites pendant les ateliers ou les diagnostics jeunesse mais qu'au final cela risquait de rester dans des comptes-rendus ou des documents écrits que peu de personnes allaient lire. On avait envie que cette parole des jeunes que l'on a recueilli lors des journées de la jeunesse soit vue, entendue et comprise autrement. Nous avons créé une exposition "Douai, nos quartiers racontent demain" pour montrer concrètement ce que les jeunes avaient envie de dire sur leur quotidien, leur quartier, leur avenir et le regard porté sur eux. A travers des phrases, des témoignages, des créations, des photos et des productions que nous avons réalisées à partir des questionnaires jeunesse, nous avons voulu montrer une autre réalité des quartiers d'où nous venons. Pas seulement les problèmes dont on parle souvent mais aussi les idées des jeunes, leur réflexion, leurs envies, leurs rêves et tout ce qu'ils peuvent apporter au territoire. Pour nous, c'était important de montrer que les jeunes ont une vraie parole et qu'ils sont capables d'analyser beaucoup de choses sur la société, les médias ou le regard porté sur eux. L'exposition a aussi permis de créer des échanges avec les professionnels et les institutions qui se sont déplacés nombreux. Certains nous ont dit qu'ils redécouvraient une autre image des quartiers à travers ce travail. Nous avons aussi créé une bande dessinée pour illustrer notre démarche et raconter autrement tout le travail réalisé pendant l'UPP. Nous avions envie d'utiliser un support accessible pour montrer notre parcours, les échanges menés avec les jeunes, les questions que nous nous sommes posées mais aussi les évolutions et les prises de conscience vécues pendant le projet de recherche. A travers notre BD, nous avons voulu retracer les différentes étapes de notre démarche : les premiers constats, les débats, les actions citoyennes, la participation à l'Observatoire de la jeunesse, les ateliers pensée critique avec les jeunes et les réflexions sur la place des habitants dans les projets. La BD permet de rendre notre recherche plus facile à comprendre et montre aussi que derrière les réflexions et les projets il y a des parents, des jeunes, des vécus, des émotions et des échanges humains. Elle nous permet de transmettre ce que nous avons vécu d'une manière plus simple, plus visuelle et plus accessible à tous. Elle montre aussi que les habitants peuvent eux-mêmes produire des outils pour raconter leur territoire, leurs expériences et leurs réflexions. Cette BD garde une trace de notre parcours collectif et montrer que la participation citoyenne peut aussi passer par des formes créatives et accessibles. L'exposition et la bande dessinée nous ont permis finalement de montrer que dans nos quartiers il y a de la créativité, des idées, des jeunes qui réfléchissent, des parents engagés et beaucoup de ressources qu'on ne voit pas assez souvent.
Les effets
SUR LES PARENTS : Au début, certains d'entre nous n'osaient même pas parler dans un groupe ou donner leur avis devant des professionnels. Petit à petit, avec les échanges et toutes les actions menées, on a pris confiance. Aujourd'hui, certains parents osent prendre la parole dans des réunions, participer à des temps de réflexion avec des professionnels ou donner leur avis sur des suets qui concernent le territoire et les jeunes. Le fait d'être écoutés nous a permis de comprendre que notre expérience de parent avait de la valeur. On a aussi créé des liens entre nous, on a partagé nos expériences, nos difficultés parfois, nos idées... Certains parents se sentent moins seuls aujourd'hui. Cette démarche nous a aussi permis de mieux comprendre certaines contraintes des institutions et de voir que le dialogue était possible quand chacun prend le temps d'écouter l'autre. SUR LES JEUNES : A travers le diagnostic jeunesse, les ateliers et les échanges, on a vu que les jeunes avaient beaucoup de choses à dire quand on leur laisse vraiment la place. Avec les animations qu'on a mise en place, certains jeunes se sont exprimés plus facilement que dans des questionnaires classiques. Ils ont parlé de leur quartier, de leur avenir, de leur rapport aux adultes et de leur sentiment parfois de ne pas être entendus. Les ateliers autour de la pensée critique ont aussi permis de réfléchir au regard porté sur eux et sur les quartiers populaires. On a vu des jeunes prendre confiance dans leur parole et oser dire ce qu'ils pensent de la société et de leur réalité. SUR LE TERRITOIRE : Cette démarche a permis de créer plus de dialogue entre les habitants, les jeunes, les parents et les professionnels. Grâce à l'exposition "Douai nos quartiers racontent demain" on a essayé de montrer une autre image de nos quartiers. Pas seulement les difficultés mais aussi les ressources, les solidarités, les idées, les compétences... On a aussi apporté des méthodes différentes pour aller vers les jeunes et recueillir leur parole de manière plus vivante. Le fait de participer à l'Observatoire de la jeunesse nous a permis de faire entendre le regard des habitants sur le territoire et les réalités vécues par les familles. L fait de travailler ensemble pendant plusieurs mois à changé certaines relations avec les professionnels du territoire. On a senti davantage d'écoute et de dialogue. Les échanges ont permis de mieux comprendre les contraintes des uns et des autres. Par exemple, nous avons pu discuter des horaires des rencontres, des difficultés de participation de certaines familles ou encore de la manière de rendre certains espaces plus accessibles aux jeunes et aux parents. Petit à petit, on a aussi senti que notre parole était davantage reconnue. On n'était pas là pour raconter nos difficultés mais pour apporter des idées, des propositions, des outil et une connaissance du terrain. Et au fond, c'est peut-être ça le plus important se rendre compte que le collectif est une force et prendre conscience que notre parole peut servir à faire évoluer les choses.
Les perspectives
Aujourd'hui, nous avons envie de continuer cette dynamique parce que nous avons vu que lorsque les habitants, les parents, les jeunes et les professionnels prennent le temps de travailler ensemble cela peut réellement faire évoluer les relations et les projets. Nous souhaitons continuer à créer des espaces où les jeunes peuvent s'exprimer librement et être écoutés autrement que seulement à travers des dispositifs classiques. Nous aimerions poursuivre les actions autour de la pensée critique, de la parole des jeunes, de l'image des quartiers et de la participation citoyenne. Nous voulons aussi continuer à développer des méthodes plus accessibles et plus vivantes pour permettre à davantage d'habitants de participer, notamment les personnes qui n'osent pas toujours pousser la porte des institutions ou prendre la parole dans des réunions. Nous pensons qu'il est important de continuer à associer les habitants dès le départ dans les projets qui concernent leur territoire et leur quotidien. Cette démarche nous donne envie de continuer à porter collectivement des projets qui permettent aux jeunes et aux habitants de ne pas seulement être consultés mais de devenir de véritables acteurs du territoire, parce qu'au fond nous avons compris que participer ce n'est pas seulement donner son avis. C'est aussi prendre confiance, créer du lien, comprendre les autres, faire évoluer les regards et sentir que nous avons tous une place dans la construction de notre territoire. Dans la continuité de notre démarche UPP nous souhaitons développer un projet d'émission réalisée avec les jeunes et les habitants des quartiers. Cette idée est née à partir de plusieurs constats faits pendant nos actions citoyennes. Nous avons vu que les jeunes avaient beaucoup de choses à dire mais nous avons aussi constaté que leur parole est souvent peu entendue ou résumée uniquement à des clichés. L'idée est de permettre aux jeunes de développer leur esprit critique, leur confiance en eux, leur capacité à s'exprimer et leur regard sur l'information et les médias. Nous aimerions que cette émission permette de créer davantage de dialogue entre les jeunes, les parents et les institutions. A travers cette émission, nous voulons que les jeunes puissent raconter eux-mêmes leur réalité, avec leurs mots, leurs regards et leurs expériences.