Paris 18 Goutte d’or (75)

Île-de-France

5ème génération

Origine du projet


Nous habitons à la Goutte d’or, dans le 18ème arrondissement de Paris. C’est un quartier populaire, territoire d’immigration.Notre recherche s’inscrit dans ce territoire où beaucoup de langues différentes sont parlées dans l’espace public. Notre groupe s’est constitué entre septembre 2022 et  janvier 2023. Certaines fréquentaient le centre social Accueil Goutte d’Or, d’autres le Café des Enfants Home Sweet Mômes, les deux associations porteuses de l’UPP. 

Le groupe est intergénérationnel et interculturel. Nous avons vécu des moments de tension, et la question de recherche a mis du temps à émerger; mais nous avons réussi à nous ressouder et la recherche a pu être menée à son terme

La question de recherche


Le travail exploratoire


Nous sommes parties de nos problématiques individuelles : le handicap, le vivre ensemble, le harcèlement, les discriminations, la relation parents école, la transmission culturelle… Une des membres de notre groupe était particulièrement investie dans la question des langues. Différents outils de l’intelligence collective issus de l’éducation populaire ont été utilisés pour passer de problématiques individuelles à une thématique commune. (Carte mentale, jeux de rôles, interviews croisées…). Ce travail nous a amené à prendre conscience que nous vivions dans nos foyers l'expérience du plurilinguisme. Le thème qui nous traversait toutes par notre expérience était la question de la transmission des langues. Ce sujet nous a touché chacune personnellement et a donné lieu à des discussions animées et intimes. Nous avons donc décidé de creuser cette question.

La méthodologie de recherche


Après de nombreux débats concernant le terme à utiliser pour qualifier la langue que nous transmettons (langue maternelle?, langue d'origine?, langue du pays? langue...) ainsi que sur la formulation, nous avons fait consensus sur la question de recherche suivante: Quels sont les enjeux de la transmission des langues familiales dans l’éducation des enfants?

A partir de notre expérience et de nos observations, nous avons fait les constats suivants :

 - Certains parents transmettent la langue familiale avec un projet précis ou sans se poser de question, d’autres ne transmettent pas volontairement ou non

 - Chez les enfants, il y a des différences dans la maîtrise de la langue familiale en fonction de l’âge, de la place dans la fratrie, de certains traumatismes, de la fréquence des voyages au pays d’origine des parents…

 - Certaines institutions s'intéressent à ce sujet, d’autres non 

 - Certaines langues sont dévalorisées

Nous avons émis de nombreuses hypothèses, puis nous avons fait émerger 3 d'entre elles: 

 - Il y a des contextes qui favorisent la transmission ( même langue dans le couple ou couple mixte, lien à la famille, voyages au pays)

 - C’est une question de génération. Aujourd’hui, les institutions soutiennent davantage la transmission des langues qu’avant

 - La transmission de la langue demande de l’investissement de la part des parents (temps, détermination, argent)

Nous avons défini une méthodologie pour chaque étape de la recherche 

1ère étape : pour démarrer la recherche, notre universitaire nous a proposé des outils afin d'expliciter ce que nous voulions savoir

 - le journal de recherche

 - l'autobiographie langagière

 - la carte sensible

2ème étape: pour répondre à la question, nous avons menés des entretiens qualitatifs 

 - élaboration des guides d’entretien 

 - entretiens individuels de parents (de notre entourage ou fréquentant le centre social)

 - entretiens collectifs d’enfants (primaire) et d’adolescentes (collège et lycée)

 - entretiens avec des professionnels de l'éducation

3ème étape: une méthodologie d'écriture collective 

 - écoute collective des entretiens et prise en note des verbatims importants

 - écriture en groupe, appuyée par les notes des séances faites par l’animatrice

Les résultats de recherche


Le projet

 - chez certains parents, le projet de transmission de la langue est conscient et réfléchi. D’autres nous disent que ça a été naturel, sans se poser de questions.

 - chez les couples qui parlent la même langue, la transmission se fait plus naturellement

 - C’est le plus souvent la mère qui porte le projet de transmission de la langue

 

Les motivations

Du côté des parents: 

 - maintenir le lien avec la famille et que les enfants ne se sentent pas étrangers quand ils voyagent au pays d’origine 

 - La transmission de la langue participe à partager tout ce qui fait partie de l’identité: culture, traditions, religion, cuisine… 

 - Assurer le bien être affectif des enfants

 

L’appropriation de la langue par les enfants

 - Pour les plus jeunes: garder le secret, l'ouverture sur les autres 

 - La fierté de parler une autre langue arrive plus à l’adolescence, ils prennent conscience de l’héritage que ça représente

 

Pour les institutions: 

 - Favoriser la réussite scolaire des enfants

 

Les moyens de transmission

Pour les parents 

 - conversations avec la famille, les amis 

 - voyages au pays

 - films et séries, chansons, jeux

 - web (applis linguistiques, réseaux sociaux ) 

 - cours de langue 

 

Les jeunes enfants parlent de la conversation familiale,des chansons 

Les adolescentes valorisent particulièrement les voyages au pays 

 

Les institutions mettent en place des moyens pour encourager les parents à parler les langues familiales aux enfants et valoriser ces langues 

 - En parler lors du 1er entretien avec les parents 

 - Semaine des langues, papothèques, invitation des parents à dans les classes pour chanter ou raconter dans leur langue, 

 

Les difficultés

Pour les parents 

 - Opposition des enfants qui refusent de parler et répondent en français

 - Différence entre les enfants, place dans la fratrie

 - Traumatisme vécu dans le pays d’origine  

 - Certaines langues sont plus valorisées que d’autres

 - Peu de soutien institutionnel et différent en fonction des langues

 - Volonté d’apprendre eux-même le français 

 - Pression sociale ou familiale (qui peut entraîner de la culpabilité)

 

Chez les enfants 

 - Pour les plus jeunes: la difficulté à parler, même s’ils comprennent

 - Pour les adolescents: peu de possibilité d’apprendre la langue familiale ici, ni de voyager au pays régulièrement (=> risque de se sentir étranger dans sa famille)

 

Les institutions ont des moyens limités, et ont conscience que ce sujet n’est pas pris en main dans toutes les écoles

 

Les bénéfices 

Pour les parents  

 - La fierté quand les enfants parlent la langue familiale, et la reconnaissance de leur famille

 - Ils observent que cela facilite l’accès aux langues pour les enfants

 

Pour les enfants 

 - La fierté de pouvoir être intégré dans la famille, au pays

 - Ils sont conscients de la richesse que cela représente, dont ils sont les gardiens 

 

Pour les institutions 

 - La réussite scolaire des enfants dans des situations familiales compliquées

 - Créer du lien avec des parents éloignés de l’école

 

Conclusion 

Les parents ont plus conscience et confiance aujourd’hui de l’importance de la transmission de leur langue à leurs enfants.

Les institutions commencent aussi à évoluer sur ce sujet et s’en emparent, mais cela reste le plus souvent dépendant des individus. 

Il reste un décalage important entre les institutions et les parents.

Les motivations des parents et des institutions ne sont pas du tout les mêmes, même chez les professionnels qui portent ce sujet

Les actions citoyennes


Janvier 2024, février 2025 : Comités de suivi en présence de nos partenaires et des acteurs institutionnels et associatifs locaux

 

Mars 2024 : Rencontre avec la députée Rachel Kéké qui effectue un tour de France des quartiers populaires pour aller à la rencontre des habitants ; elle s'intéresse particulièrement aux jeunes, aux difficultés à l'école puis pour trouver un emploi.

 

Décembre 2025 : Rencontre avec notre partenaire, La Cité Educative du 18ème arrondissement. Notre sujet de recherche est en phase avec un de ses axe d’intervention : l’interculturalité 

Objectif de la rencontre : présenter notre UPP et le contenu de notre recherche afin d’envisager une action citoyenne avec la Cité Educative

 

A venir : 

Mai 2026 : Dans le cadre de l’évènement du quartier Magic Barbès 2026, participation à une émission webradio animée par le groupe d’adolescentes du centre social : AGO – Radio

 

2026-2027 : Organisation et animation

de Cafés des Parents sur le sujet de la transmission de la langue familiale dans des écoles du quartier 

Les effets


Paroles que nous avons prononcées au long de notre recherche

 

"On apprend à se connaître, à partager ce qui nous touche personnellement. Cela m’a permis de rencontrer des personnes du même territoire (la Goutte d’Or) on ne se serait jamais rencontrées autrement. C’est un espace sécurisé où l'on peut parler en confiance"

 

"Je me suis rendu-compte, par le regard des autres personnes du groupe de ce que j’avais réussi à faire, et vraiment je suis fière de moi"

 

 "Depuis que je suis à l’UPP, j’ai appris beaucoup de choses, j’ai davantage confiance en moi, je parle mieux avec le temps"

 

"J’ai pris confiance en moi et aussi par rapport à la recherche. J’ai envie que ça continue après, je n’ai pas envie que ça s’arrête"

 

"Je suis heureuse de m’être engagée dans les UPP pour faire bouger les choses et construire dans la durée"

 

"J’ai grandi dans un tout petit village, je suis arrivée en France et j’ai eu la responsabilité familiale. L’UPP c’est une émancipation et j’ai l’encouragement de mes filles."

 

"L’UPP m’a fait mieux connaitre dans mon quartier, je deviens porte-parole dans mon quartier"

 

"Par le thème de notre recherche, nous avons touché des choses très importantes pour les parents et les enfants dont nous n’avions pas conscience"

 

"L'UPP m'a fait prendre conscience que je devais rprendre une activité après m'être occupée de mes enfants depuis que je suis en France. Je vais comencer une formation"

Les perspectives