Retours sur le colloque de l'AF-UPP avec la table-ronde "La réalisation des recherches par les parents"
Flash Actus
Nadja, de l’UPP de Paris, revient sur la phase exploratoire qui est essentielle. « Les parents arrivent avec leurs histoires, des expériences et des préoccupations liées à leurs parcours et à leurs vécus. Le groupe prend alors le temps d’écouter, de partager, et, peu à peu, au fil des mois, on essaie de voir ce qui rassemble. L’enjeu est de dépasser les préoccupations individuelles pour construire une question de recherche portée par tous ». Béatrice de l'UPP d'Arcueil ajoute : « On arrive tous à l’UPP avec des questionnements différents […] l’objectif, ça va être de trouver une question collective qui fasse consensus. Cette recherche de consensus est au cœur de la démarche. Il ne s’agit pas simplement de retenir l’idée qui rassemble le plus de parents, mais de construire une question de recherche dans laquelle chacun peut se reconnaître et qui fait sens pour tous ». Nadja illustre « J’ai lâché des sujets qui m’étaient personnels parce que j ai compris qu’il pourrait y avoir une question centrale qui nous animait toutes, j’ai fait un pas de côté .
L’élaboration de la question de recherche peut amener le groupe à revenir sur ses premières réflexions, à approfondir certains sujets et même à reformuler la question de recherche lorsqu’elle ne reflète pas suffisamment ce qui anime réellement les parents » dit-elle.
L’étape suivante commence par un moment assez inédit : le recrutement de l’universitaire. Ce sont les parents qui constituent le jury, étudient les CV et les lettres de motivation, rencontrent les candidats et choisissent la personne qui les accompagnera. Un renversement de posture qui peut être surprenant :
« C’est nous, les parents, qui recrutons. On fait un jury de recrutement et ça c’est quand même incroyable » nous dit Béatrice.
Maryam explique : « L’universitaire est un soutien méthodologique. Il nous aide dans la formulation de la question de recherche, dans le choix des outils, il peut attirer notre attention sur une difficulté, questionner pour éviter une impasse. Entretiens ou questionnaires, démarche qualitative ou quantitative : différentes possibilités nous sont présentées, mais c’est nous qui faisons notre choix. Les parents restent les décideurs. C’est une recherche de parents, soutenus par des universitaires ».
Christine, universitaire de l'UPP de Caudry, confirme : « Ce sont les parents qui ont vraiment le pouvoir. Et nous, universitaires, on est là pour apporter notre petite expertise, notre pierre à l’édifice. Cela implique de ne pas être « en surplomb » mais avec le groupe, dans une relation de confiance et de respect ».
Les parents reprennent la parole : « Une fois la question de recherche formulée, on construit les hypothèses à partir de nos propres réflexions issues de la phase exploratoire. Elles correspondent à nos réponses intuitives à la question de recherche et elles vont ensuite être confrontées aux données recueillies ».
Nadja explique : « La troisième phase est celle de l’analyse des données et des résultats. Après les entretiens ou les questionnaires, nous mettons en commun les données, nous les croisons, les analysons et on confronte nos interprétations. L’universitaire continue de nous accompagner dans ce travail, en apportant un regard extérieur et une vigilance méthodologique, tout en laissant au groupe la responsabilité de ses choix ».
La recherche ne s’arrête d’ailleurs pas aux résultats. Les connaissances produites donnent lieu à des écrits, à un ouvrage et à des actions citoyennes. Les parents peuvent ainsi s’appuyer sur leur recherche pour transmettre, partager et agir, notamment avec les institutions. Garder des traces du travail et en être les auteurs contribue aussi au sentiment de fierté des parents.
Cette expérience a certes des effets importants pour les parents mais aussi pour les universitaires. « Travailler avec une UPP signifie pour nous, universitaires, expérimenter une autre manière de faire de la recherche : construire la méthodologie avec les personnes concernées en sachant que la recherche peut avoir des effets dans la cité. C’est une expérience qui questionne les rapports habituels entre chercheurs et « enquêtés », et qui permet aussi de faire tomber certains clichés sur les parents comme sur l’université. L’universitaire, il a ce premier rôle de démythifier l’université et de ne pas être en surplomb, mais être avec et d’accompagner » comme nous l’explique Christine.
Chloé, universitaire de l’UPP d’Arcueil, acquisse et souligne, quant à elle, que les UPP vont encore plus loin que les recherches participatives qu’elle connaissait : « Là, ce sont les parents qui font la recherche ».
Pour elle, l’intérêt est aussi de rendre les démarches de recherche accessibles et de permettre aux parents de comprendre la science en la pratiquant eux-mêmes.